22 de febrer de 2016

Mala vida, Marc Fernandez

[Le livre-vie 21 février 2016]


De nos jours en Espagne. La droite dure vient de remporter les élections après douze ans de pouvoir socialiste. Une majorité absolue pour les nostalgiques de Franco, dans un pays à la mémoire courte. Au milieu de ce renversement, une série de meurtre est perpétrée, de Madrid à Barcelone en passant par Valence. Les victimes : un homme politique, un notaire, un médecin, un banquier et une religieuse. Rien se semble apparemment relier ces crimes ... Sur fond de crise économique, mais aussi de retour à un certain ordre moral, un journaliste radio spécialisé en affaires criminelles, Diego Martin, tente de garder la tête hors de l'eau malgré la purge médiatique. Lorsqu'il s'intéresse au premier meurtre, il ne se doute pas que son enquête va le mener bien plus loins qu'un simple fait divers, au plus près d'un scandale national qui perdure depuis des années, celui dit des "bébés volés" de la dictature franquiste.

Fiction ou réalité ? Difficile de trancher pour ce roman. Fiction flirtant avec la réalité, c'est une évidence. En France, l'on sait finalement bien peu de choses de l'Espagne. Comme si le monde s'était arrêté à la Liga et aux duels Barça / Madrid, à la plage et à la crise économique qui dévaste le pays.

L'on se souvient vaguement d'une dictature qui s'est achevée avec la mort de Franco, mais cela ne va pas plus loin. Le passé est le passé, il n'a rien à voir avec le présent. Cruelle erreur que de penser cela. Un pays se construit sur son passé et l'Espagne n'en a pas fini avec le sien. La loi d'amnistie en est le principal frein. C'est ce que nous rappelle ce roman qui oscille entre roman noir, thriller et roman introspectif en nous offrant sous couvert de fiction, un roman assez proche de ce qui se passe en terres ibères.

L'AMP, un parti franquiste est au pouvoir, le spectre de la dictature et de ses méthodes pointe le bout de son nez, un sourire carnassier sur les lèvres. La presse est muselée, la justice est ficelée, mais la résistance s'organise. Diego, Ana, le juge David Ponce, chacun résiste avec les armes qui sont les siennes, jusqu'à ce qu'Isabel croise leur route.

Avec elle, un scandale éclate, et pas des moindres : celui des enfants volés pendant la dictature. Mais tout cela s'est produit en Argentine et au Chili, pas en Espagne, ce n'est pas possible dans un pays comme l'Espagne, peut-on lire. Comme si l'Espagne était au-dessus de cela, comme si la dictature de Franco n'avait pas été aussi effroyable que celle de Videla ou Pinochet, comme s'il n'y avait pas des gens « bien » impliqués dans le négoce de ces 30 000 enfants volés.

Commence une course contre la montre contre la police, la justice, le contrôle des médias pour faire éclater la vérité. Et au milieu de tout cela, des assassinats. Quel est le lien ?

C'est avec une certaine fascination que j'ai suivi ce récit aux reflets cinématographiques. La connaissance de l'Espagne contemporaine de l'auteur m'a bluffée, certains risques aussi dans cette dénonciation qu'il fait des évènements. Son analyse sur la raison de ces vols d'enfants est criante de pertinence. Je n'ai pas pu m'empêcher au fil des pages de faire des parallèles avec des éléments récents de l'histoire de l'Espagne. Les bébés volés ont bel et bien existé, le franquisme est toujours là, il vit sous un vernis démocratique, l'Opus Dei n'a pas disparu et continue de tirer certaines ficelles, l'on se débarrasse toujours de juges gênants (le juge Garzón en est un excellent exemple) et l'on a beaucoup de mal à se réconcilier avec son passé.

L'on pourra reprocher une intrigue parfois trop facile, des moments d'introspection qui font retomber par moment la tension narrative, mais j'ai vraiment, vraiment savouré ce roman. J'ai refermé la dernière page en me disant que ça serait bien qu'il franchisse la frontière et ravive un peu les mémoires sur ce que l'on veut oublier là-bas. Après tout, c'est aussi l'un des rôles de la littérature.




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