16 de novembre de 2016

Philippe Garnier évoque la vie de David Goodis dans le livre qu’il présentera à La Galerne le 17 novembre

[Paris Normandie, 15 novembre 2016]

François Hauguel

Livre. Journaliste et auteur né au Havre, Philippe Garnier revient sur la vie de David Goodis, scénariste hollywoodien à succès et père du roman noir.

Après une longue et minutieuse enquête menée aux USA, Philippe Garnier s’est penché sur tous les aspects de David Goodis (photo Richard Dumas)

Trente ans après avoir publié « Goodis : la vie en noir et blanc », le journaliste et auteur Philippe Garnier qui sera à La Galerne jeudi soir à partir de 18 h, revient avec son nouveau livre, « Retour vers David Goodis » (Éditions La Table Ronde), sur la vie atypique de celui qui reste souvent considéré comme l’un des maîtres du roman noir.
Quels souvenirs gardez-vous du Havre ?
« Pour être franc, j’ai toujours voulu quitter Le Havre le plus rapidement possible car je n’aimais pas la ville. C’est une ville de vents et de pluies. Des copains de Paris qui vont parfois passer un week-end au Havre ont cherché à me convaincre plusieurs années plus tard. Aujourd’hui, je commence à en comprendre l’attrait. J’y ai tenu un magasin de disques [Crazy Little Thing, ndlr] étant jeune. Encore aujourd’hui, je rencontre des gens qui ont connu cette boutique. Certains me disent même que j’ai changé leur vie. J’en suis toujours très surpris car finalement le magasin n’a duré qu’un an et demi. C’était Jean-Marc Peltier qui tenait le magasin lorsque je partais à Londres chercher des disques. Par contre, mon père organisait pas mal de concerts rock. Ça lui permettait de remplir les caisses de son club de foot. »
« Ce sont les coulisses, qui me passionnent... »
Pourquoi revenir sur David Goodis trente ans après avoir publié un livre sur lui ?
« C’est presque par hasard. Il y a trois ans, on m’a proposé de traduire en anglais David Goodis, une vie en noir et blanc. On m’a dit que c’était encore mieux que la première version. J’ai trouvé un éditeur en France qui voulait en faire un livre différent. Dans les années 80, pour écrire le premier livre, je ne disposais pas toujours de dates très précises, de détails concernant son mariage par exemple. Je n’avais qu’une quinzaine de photos au total. Dans ce nouveau livre, il y a 110 illustrations. Je me suis donc pris au jeu et j’ai passé un an a travaillé dessus. La différence avec mon premier livre, c’est que je ne suis plus donneur de leçons. »
Comment Goodis est-il perçu aux USA ?
« Étrangement, il y a trente ans, Goodis était surtout connu en France mais peu aux États-Unis. Aujourd’hui, c’est le contraire. Il est même devenu l’objet d’un culte. Mais ça n’a pas de lien avec mon livre. C’est piquant car en 1984, il n’y avait presque rien sur lui. À la fin des années quatre-vingt, on a commencé à publier à nouveau des séries noires aux USA. »
Qu’est ce qui fait finalement que ce scénariste hollywoodien et écrivain vous passionne autant?
« Lorsqu’on a quinze ans, on s’identifie forcément aux personnages solitaires. C’est quelque chose de captivant. Ce qui est également passionnant, c’est qu’il a touché à toutes les formes de culture populaire aux USA comme les pulps [publications peu coûteuses et très populaires aux USA après guerre, ndlr], au cinéma, à la télévision, aux livres de poche. On me reproche parfois de ne pas avoir l’air d’admirer Goodis. Ce qui m’intéresse surtout, c’est d’évoquer les contraintes économiques de l’époque, pas l’œuvre en elle-même. Ce sont les coulisses, les arrière-cuisines qui me passionnent. Ça permet d’évoquer plein de choses au-delà du personnage de Goodis lui-même. »
Comment avez-vous poursuivi vos investigations ?
« Il y a quelque chose qui m’a toujours irrité en France, on n’a jamais essayé d’en savoir plus sur Goodis. On a écrit pas mal de conneries sur lui. Pourtant, il n’est pas si difficile de mener une enquête sur son entourage, ses amis, ses collègues. J’ai rencontré des professionnels du cinéma qui m’ont donné des adresses, des numéros de téléphone. Quelqu’un qui a travaillé à la Warner pendant quatre ans a forcément laissé des traces. C’est ce que je me suis dit. »
Il y a une rupture dans la vie de David Goodis. Alors qu’il n’a qu’une trentaine d’années et qu’il est un auteur à succès à Hollywood, il plaque tout pour revenir vivre chez ses parents à Philadelphie. Qu’est ce qui s’est passé ?
« En 1950, il va choisir en effet l’anonymat. C’est assez remarquable. Il va se replier. C’est quelque chose que je n’ai pas vraiment réussi à élucider. Il éprouvait un sentiment de culpabilité vis-à-vis de son frère qui était instable psychologiquement. On ne peut pas évoquer Goodis sans parler de sa sexualité qui était assez complexe. Tout ça va avoir une influence sur les livres qu’il écrira à cette époque. Sa littérature change. On le paye à la publication. Il écrit pour des petites maisons d’édition qui publie des livres avec un papier de mauvaise qualité. Mais c’est un choix de sa part. Il y trouvait une certaine liberté. Il avait un plaisir presque malsain à décrire des scènes de castagne pendant dix ou vingt pages. C’était presque une sorte d’exutoire pour lui. Il aimait fréquenter les bouges, les bas-fonds. Il y avait d’ailleurs une certaine dose de masochisme en lui. Quand j’ai commencé mon enquête, j’étais à mille lieues de découvrir qu’il avait une double voire même une triple vie. Après avoir connu la célébrité, après avoir fait la une des journaux, il avait finalement choisi l’obscurité. »





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