24 de maig de 2016

"Rêver", de Franck Thilliez --- Vous ne rêvez pas! Enfin... pas sûr

[Mon univers du polar, du roman noir et du thriller, 23 mai 2016]


"Rêver"de Franck Thilliez
Editions Fleuve noir / 2016
598 pages


Parution le 26 mai 2016.

Des ouvrages traitant de la distorsion du temps, ou de lieux, j'en ai connu quelques-uns. Mais une distorsion de la réalité, il fallait le faire! De plus, ce roman est pour moi une sorte de paradoxe, soit de la mécanique de précision déstructurée. Je veux dire par là que la structure est découpée au scalpel, avec une grande minutie, mais avec un contenu livré à des créneaux horaires aléatoires. Au final, une trame surprenante car très claire, nette et limpide.

Dans ce thriller, Franck Thilliez nous présente quelques variantes qui s’orienteront quasiment toutes vers le thème du sommeil, un sujet qui va aller jusqu’à atteindre nos terminaisons nerveuses. Ce thème est varié et peut prendre des directions très obscures, ceci dans tous les sens du terme. Sommeil et cruauté sont des mots qui peuvent avoir quelques dénominateurs communs, surtout lorsqu’ils sont maniés par l’auteur.

Abigaël Durnan est atteinte d'un trouble du sommeil assez rare nommé narcolepsie. Sans aller dans les détails, nous pourrions dire qu'une personne atteinte de ce trouble s'endort n'importe où, n'importe quand, d'une seconde à l'autre, sans aucun contrôle.

Ce qui peut paraître "fascinant", c'est qu'une telle personne plonge en général dans un sommeil paradoxal - phase durant laquelle nous rêvons - très rapidement. Une grande confusion apparaît ainsi lors du réveil. Étrange trouble qui peut également pousser la personne à avoir des hallucinations lors de l'éveil ou même lors de l'endormissement.

Sans oublier ce dommage collatéral, ce symptôme bien malheureux, la cataplexie. Une perte immédiate du tonus musculaire, une chute libre à tout moment, n'importe où, principalement lors d'intenses émotions.

Mais au final, je crois que la médecine ne connaît pas encore grand-chose sur ce "monde étrange de la nuit".

Franck Thilliez va donc exploiter ce "phénomène" pour ce nouveau millésime et peut-être même aller au-delà des explications médicales? Quoi qu'il en soit - thriller oblige ! -, il va réussir à bien nous surprendre avec cette histoire à cauchemarder debout! La peur du croquemitaine version 2016 !

Abigaël Durnan, malgré son handicap lié au sommeil, est une brillante psychologue et œuvre comme consultante pour la police. Des enlèvements d'adolescents, perpétrés par un homme surnommé "Freddy", sont malheureusement à l'ordre du jour. Un Freddy Krueger qui joue sérieusement avec les nerfs des enquêteurs et avec l'âme démolie de parents en manque d'espoir. L'agresseur s’amuse également avec les indices, en développant un patchwork complexe dans la tête des enquêteurs. Mais pas seulement.

Deux périodes clés dans cette histoire: décembre 2014 et juin 2015. La première période contient le déroulement d’un grave accident de voiture impliquant la psychologue; à ce niveau-là - vous verrez -, tout n'est pas très net et pas très clair. Concernant la seconde période, je dirais laconiquement qu’elle représente la fin d’un cauchemar. Il faudra vous contenter de cette explication!

Franck Thilliez nous pousse dans le monde des rêves, mais aussi un peu dans la réalité, ou alors est-ce peut-être l'inverse? Tout le génie de ce roman demeure là. Que cela soit pour l'héroïne de cette histoire ou que cela soit pour nous, lecteurs, nous ne savons plus dans quel monde nous déambulons! Le fil paraît si fin entre ces deux mondes que nous le traversons sans même le sentir.

L'auteur veut absolument que nous nous fassions les réflexions suivantes: qui peut prétendre que là, à présent, je suis en pleine conscience. Vous êtes-vous déjà réveillés après un puissant rêve en vous disant que c'était tout ce qu'il y avait de plus réel ? Moi si. Où est le réel alors? Que représente-t-il, en fin de compte?

Le personnage d'Abigaël va nous faire perdre pied, nous abattre à coups de confusions et nous laisser songeurs - justement! -. Franck Thilliez, par l'utilisation de petits détails, va réussir à nous pousser à faire cette fameuse réflexion sur cette réalité qui ne l'est peut-être pas. Ou alors est-ce uniquement un simple mélange des deux? Quelle confusion!

Un rêve peut-il être si intense, si fort, que le dormeur ne saurait même plus de quel côté se tourner pour savoir dans quel état il se trouve? Demandez peut-être à un patient atteint de narcolepsie, il pourra peut-être vous répondre! Demandez à Abigaël…

Mais est-ce peut-être un peu trop facile de tout mettre sur le compte des rêves et de l’imagination ? C’est évidemment un aspect qu’il faudra bien suivre dans cette histoire.

Plusieurs éléments qui n'étaient vraiment pas destinés à se rejoindre vont tout de même prendre la même tangente; grande spécialité de l'auteur! Plutôt bien vu.

Une affaire familiale va apparaître également dans le scénario, avec ses secrets, un grand mystère, des informations post-mortem troublantes et inquiétantes. Abigaël va devoir affronter sa maladie, dans la douleur, s'attaquer à la réalité des choses mais également à ses rêves. Elle va devoir aussi se battre contre l'impossibilité de faits pourtant bien présents, ou peut-être pas. Confusion toujours et encore.

Jusqu'à la dernière ligne, Franck Thilliez nous laisse seuls face à de multiples interrogations, auxquelles il nous fournira quelques réponses, au compte-gouttes, jusqu'à nous balancer la totale. L’intensité des confusions va diminuer, les interrogations aussi, et l'explosion de nos neurones face au dénouement va prendre une place de choix!

Bonne lecture et bonnes nuits blanches !




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